Part 13 (1/2)
Le sous-prefet, lui, ne cessait pas de sourire; il prit sur la tablette de la cheminee un pet.i.t paquet de papiers que je n'avais pas apercus d'abord, puis se tournant vers moi et les agitant negligemment:
- Monsieur, dit-il, voici des temoignages fort [77] graves qui vous accusent. Ce sont des lettres qu'on a surprises chez la demoiselle en question. Elles ne sont pas signees, il est vrai, et, d'un autre cote, la femme de chambre n'a voulu nommer personne. Seulement dans ces lettres il est souvent parle du college, et, malheureus.e.m.e.nt pour vous, M. Viot a reconnu votre ecriture et votre style....
Ici les clefs grincerent ferocement et le sous-prefet, souriant toujours, ajouta:
- Tout le monde n'est pas poete au college de Sarlande.
A ces mots une idee fugitive me traversa l'esprit: je voulus voir de pres ces papiers, je m'elancai; le princ.i.p.al eut peur d'un scandale et fit un geste pour me retenir. Mais le sous-prefet me tendit le dossier tranquillement.
- Regardez! me dit-il.
Misericorde! ma correspondance avec Cecilia.
- Eh bien! qu'en dites-vous, seigneur don Juan? ricana le sous-prefet, apres un moment de silence. Est-ce que ces lettres sont de vous, oui ou non?
Au lieu de repondre, je baissai la tete. Un mot pouvait me disculper; mais ce mot, je ne le p.r.o.noncai pas. J'etais pret a tout souffrir plutot que de denoncer Roger.... Car remarquez bien qu'au milieu de cette catastrophe le pet.i.t Chose n'avait pas un seul instant soupconne la loyaute de son ami. En reconnaissant les lettres, il s'etait dit tout de suite: ”Roger aura eu la paresse de ne pas les recopier; il a mieux aime faire une partie de billard de plus et envoyer les miennes.”
Quel innocent, ce pet.i.t Chose!
[78]
Quand le sous-prefet vit que je ne voulais pas repondre, il remit les lettres dans sa poche, et, se tournant vers le princ.i.p.al et son acolyte:
- Maintenant, messieurs, vous savez ce qui vous reste a faire.
Sur quoi les clefs de M. Viot fretillerent d'un air lugubre, et le princ.i.p.al repondit, en s'inclinant jusqu'a terre, ”que M. Eyssette avait merite d'etre cha.s.se sur l'heure, mais qu'afin d'eviter tout scandale, on le garderait au college encore huit jours”. Juste le temps de faire venir un nouveau maitre.
A ce terrible mot ”cha.s.se”, tout mon courage m'abandonna. Je saluai sans rien dire, et je sortis precipitamment. A peine dehors, mes larmes eclaterent.... Je courus d'un trait jusqu'a ma chambre, en etouffant mes sanglots dans mon mouchoir....
Roger m'attendait; il avait l'air fort inquiet et se promenait a grands pas, de long en large.
En me voyant entrer, il vint vers moi:
- Monsieur Daniel!... me dit-il, et son il m'interrogeait.
Je me laissai tomber sur une chaise sans repondre.
- Des pleurs, des enfantillages! reprit le maitre d'armes d'un ton brutal, tout cela ne prouve rien. Voyons... vite!... Que s'est-il pa.s.se?
Alors je lui racontai dans tous ses details toute l'horrible scene du cabinet.
A mesure que je parlais, je voyais la physionomie de Roger s'eclaircir; il ne me regardait plus du meme air rogue, et a la fin, quand il eut appris comment, pour ne pas le trahir, je m'etais laisse cha.s.ser du [79] college, il me tendit ses deux mains ouvertes et me dit simplement:
- Daniel, vous etes un n.o.ble cur.
A ce moment nous entendimes dans la rue le roulement d'une voiture; c'etait le sous-prefet qui s'en allait.
- Vous etes un n.o.ble cur, reprit mon bon ami le maitre d'armes en me serrant les poignets a les briser, vous etes un n.o.ble cur, je ne vous dis que ca.... Mais vous devez comprendre que je ne permettrai a personne de se sacrifier pour moi.
Tout en parlant, il s'etait rapproche de la porte:
- Ne pleurez pas, monsieur Daniel, je vais aller trouver le princ.i.p.al, et je vous jure bien que ce n'est pas vous qui serez cha.s.se.
Il fit encore un pas pour sortir; puis, revenant vers moi comme s'il oubliait quelque chose: